Des Cévennes à la mer...

 

Nous n’avons pas choisi le chemin le plus court pour relier Le Pont de Montvert (Lozère) à Vias (Hérault). Nous avons d’abord suivi le Tarn. Abandonnant celui-ci à Saint-Sulpice (Tarn), nous avons rejoint Toulouse (Haute-Garonne), puis longé (à peu près) le canal du Midi.

Les sommets bleutés des Cévennes moutonnent jusqu’à l’horizon. Le vent caresse les herbes et nous ramène de temps en temps l’écho assourdi des aboiements du chien de berger que l’on aperçoit sur le flanc de la colline, en face. Une grenouille plonge et disparaît dans un lac miniature. L’eau transparente en garde un instant le souvenir, et reprend son chemin vers la vallée. Il fait frais, on pense aux Highlands écossais, mais nous sommes pourtant bien sur le Mont Lozère, et il est 14h00. Plus bas, le panneau indiquait « Source du Tarn » et pointait au hasard. Un vague sentier longeait le ruisseau, qui jouait à cache-cache entre les herbes. Nous l’avions suivi… Et nous voilà assis, un peu émus, sur la rive de notre nouveau compagnon de route. Nous sommes le 12 juillet 2007, et nos vélos piaffent d’impatience 800 m. plus bas, au Pont de Montvert, où le Tarn est déjà un torrent beaucoup plus sérieux.

Nous craignions la circulation… Il n’y avait pas de quoi ! Hormis une désagréable portion de route nationale après Florac, les voitures sont plutôt rares et pas trop rapides. Dans les gorges, du côté de Sainte Enimie, seul le ballet incessant des loueurs de kayaks qui remontent touristes et bateaux par la route nous oblige à porter un minimum d’attention à la circulation. La route est en général bien revêtue, les villages et les paysages se succèdent et c’est beau… Peu à peu, nous nous sentons vraiment en vacances. A Peyreleau/Le Rozier, nous passons sur la rive gauche. Quelques rudes montées plus loin, et après avoir traversé des champs de cerisiers malheureusement déjà dégarnis, nous arrivons à Millau.

La voiture reprend ses droits, et il faut ruser pour trouver un itinéraire autorisé aux vélos lorsque nous voulons aller visiter le site de la Graufesencque, extraordinaire centre de poterie gallo-romain qui exporta dans toute l’Europe ses productions réputées, et dont la ville semble pourtant se désintéresser, portant toute l’attention des touristes vers le fameux « Viaduc »…

C’est vrai qu’il est haut : on ne peut que le constater lorsqu’on passe dessous, sur la petite route qui marque l’entrée de ce qui sera pour nous la plus belle portion du voyage : Millau-Albi, 120 kilomètres d’un bonheur calme, en-dehors du monde. Collines, forêts, champs, villages… C’est l’image idéale d’une France estivale sans âge. Ici on pique-nique au bord d’un lac de barrage, là on s’arrête à l’ombre d’une place, profitant d’une table judicieusement installée par une municipalité prévoyante qui a pris soin d’indiquer que « le village ne dispose malheureusement plus de café, mais que l’épicerie vend des boissons et  cette table est là pour les consommer ». Le boucher plaisante, le facteur klaxonne au passage… On est loin, on est bien.

Pour ne rien gâcher, le Conseil Général du Tarn a mis en place un jalonnement cyclable. Malheureusement, cette « Véloroute du Tarn » qui traverse le département le long de sa rivière fétiche (avec une interruption inopportune pour la traversée d’Albi, où il faut comme presque toujours en ville se fier à son instinct pour tenter de trouver le « moins mauvais chemin »), manque d’entretien : des panneaux disparaissent et ne sont pas remplacés, alors qu’il faudrait au contraire les améliorer en adoptant la signalisation normalisée et en indiquant des noms de lieux et des distances…

N’empêche : c’est déjà un progrès par rapport à ce qu’on voit (presque) partout ailleurs…

Après la magnifique ville d’Albi, le paysage devient plus plat. Le Tarn est encaissé, et, si la véloroute s’en approche par moments, elle passe le plus clair de son temps à serpenter entre les champs et des villes et villages qui donnent tous envie de s’arrêter pour finir à l’ombre des platanes une après-midi trop chaude…

Gaillac, Lisle sur Tarn…

A Saint Sulpice, nous disons « au-revoir » à notre compagnon qui a bien grandi, et le laissons seul poursuivre sa route vers Montauban. Nous serions tristes de le voir disparaître à Moissac dans la Garonne, et de l’imaginer ensuite englouti par l’ogre Atlantique… Nous préférons traverser des collines de tournesols et rejoindre Toulouse.

L’arrivée dans une grande ville à vélo est toujours longue, et souvent pénible. Malgré des aménagements cyclables plutôt au-dessus de la moyenne des villes françaises, Toulouse n’échappe pas à la règle : pistes mal entretenues, encombrées de voitures en stationnement et soudainement interrompues, jalonnement incomplet, tours et détours au milieu des rocades, des voies ferrées et des zones industrielles… La ville rose est bien loin ! Heureusement, le Capitole, Saint Sernin et les quais de la Garonne sont au rendez-vous. « O Toulouse ! » chantait Claude Nougaro : rien à ajouter !… Il n’y a plus ensuite qu’à rejoindre « l’eau verte du Canal du Midi », et la belle piste cyclable qui le longe, et nous permet de quitter la ville plus agréablement que nous n’y étions entrés.

C’est dimanche, et les Toulousains sont nombreux à profiter de ce bel aménagement. Puis, avec la distance et le soir, les cyclistes se font plus rares. Malheureusement, trop souvent, la proximité de l’autoroute ne permet pas de profiter pleinement de la quiétude de cette belle promenade.

La limite de la Haute-Garonne marque une frontière : au-delà, c’est-à-dire dans l’Aude puis dans l’Hérault, le cycliste est un animal inconnu des pouvoirs publics. C’est en tout cas ce qu’on peut penser au vu de l’absence complète de réalisation sérieuse tout au long du canal dans ces deux départements (il existe cependant une bonne piste cyclable entre Béziers et Vias), malgré une fréquentation cyclotouristique importante. Parfois, ça va, le large chemin de terre est acceptable. Souvent, ça ne va plus du tout, et le maigre sentier encombré de racines nous demande beaucoup trop d’attention… Et un trop lourd tribut à notre provision de rustines ! Aussi, au fil des jours, nous étudierons la carte avec la volonté de rejoindre le plus souvent possible des petites routes parallèles. Nous ne le regretterons pas, et nous prendrons plaisir à naviguer entre vignes et villages pour ensuite rejoindre, au gré d’une écluse et à la faveur d’un bief dont le chemin de halage se révèlera un peu plus « roulant » que les autres, l’ombre bienvenue des platanes et les milles-et-une petites merveilles architecturales dont Pierre-Paul Riquet et ses successeurs ont parsemé cet impressionnant ouvrage d’art. Certes, le viaduc de Millau est un exploit spectaculaire, mais le calme du seuil de Naurouze ou du Somail, les ponts, les écluses, les épanchoirs, font du Canal du Midi un superbe et émouvant témoin des premiers pas de la « technique triomphante » et d’une volonté de progrès inébranlable qui a su déjoué habilement tous les obstacles. Le découvrir sereinement à vélo sur une voie verte digne de ce nom serait formidable. Des cyclotouristes néerlandais rencontrés à Lézignan-Corbières et qui, comme nous, lassés des pièges du chemin, faisaient « le canal buissonnier », nous disaient leur incompréhension à voir la France ne pas mettre en valeur le patrimoine touristique potentiel et exceptionnel que constitue son trésor de chemins de halages et de petites routes…

Mais voici déjà les écluses de Fontserrane. Un petit vent d’ouest ramène bientôt des effluves maritimes. Passé Béziers, la Méditerrannée n’est plus très loin. Nous posons nos vélos sur le sable des dunes de Vias. Il est chaud. Le soir tombe et la plage est presque déserte. Fin du voyage. Demain, nous reprendrons le train à Agde pour rejoindre notre voiture abandonnée sous un chêne cévenol.

On ferme les yeux… Le clapotis des vagues se confond soudain avec le saut d’une grenouille dans la source du Tarn, et celui d’une péniche au passage d’une écluse sur le canal du Midi… Histoires d’eaux. Histoires de vélos…


Voici nos étapes et quelques commentaires :

.Le Pont de Montvert – Sainte Enimie : 52 km. Pas de difficulté, hormis la nationale après Florac.

.Sainte Enimie- Milau : 57 km. Quelques bonnes côtes après Le Rozier.

.Millau- Le Truel : 45 km. Camping municipal du Truel agréable et pas cher. Piscine et petite épicerie au village.

.Le Truel – Ambialet : 53 km. Quelques belles montées (les Raspes du Tarn), et éclairage à prévoir pour passage de tunnels. Ambialet est un beau village situé dans un site exceptionnel, mais il faut éviter le « camping à la ferme » sous le pont : sale, cher et accueil désagréable.

.Ambialet – Albi : 27 km. La véloroute du Tarn fait l’objet d’un petit livret qu’on peut se procurer auprès du Comité départemental du Tourisme, mais qu’il est difficile de trouver sur place. Camping d’Albi correct et plutôt bien situé (proximité d’une grande surface et de la piscine, promenade pédestre agréable vers le centre)

.Albi – Gaillac : 36 km. Excellent rôti de porc cuit à la boucherie de Marssac !

.Gaillac – Saint Sulpice – Giroussens : 62 km. Il n’y a plus de camping à Saint Sulpice, mais en revanche un sympathique « camping à la ferme » à la sortie de Giroussens, où l’on peut aussi visiter les installations des « Chemins de Fer du Tarn », petit train touristique animé par des passionnés !

.Giroussens- Toulouse : 50 km. Camping du Pont de Rupé à déconseiller (sale et ambiance « camp retranché » derrière des clôtures électriques pour empêcher les intrusions extérieures, bruyant).

.Toulouse – Ayguevives : 38 km. Camping bon marché, mais très moyen malgré un accueil sympathique. Le guide de l’association Vélo (Fubicy Toulouse) est indispensable pour suivre le chemin de halage du canal du Midi.

.Ayguesvives – Carcassonne : 95 km. Plus de camping à Villepinte. Camping de Carcassonne cher mais correct.

.Carcassonne – Lézignan Corbières : 59 km. Camping agréable (piscine, bon accueil) mais sol bien dur !

.Lézignan Corbières – Mirepeïsset : 25 km.

.Mirepeïsset – Béziers – Vias : 58 km.