juillet 2005 : tour du Skaggerak

 

Dimanche 10 juillet. 56 km.

Nous quittons Saeby, au nord du Jutland. Jeanne fait du vélo sans les mains et tombe : elle ne lâchera plus le guidon. Nous pique-niquons sur une aire de repos après Frederikshavn. Un marchand ambulant est installé sur le parking, nous lui achetons de délicieuses cerises noires, il nous offre des petits pois. La route est monotone : la piste cyclable est rectiligne au bord de la route. En milieu d’après-midi, l’itinéraire quitte enfin la route principale et serpente entre les dunes. Nous croyons arriver au bout du monde, et sommes surpris de retrouver l’animation d’une ville à Skagen. Après nous être installés au camping de Grenen, nous allons à pied jusqu’au bout du bout : la longue plage s’étire en une étroite bande de sable, qui disparaît sous les vagues opposées de la mer du Nord et de la Baltique. Nous voici au coeur du Skaggerak, ce détroit qui sépare le Danemark de la Norvège et de la Suède, et dont le nom résonne comme les membrures d’un drakkar dans la tempête. Léopold profite des jumelles d’un touriste allemand pour regarder les cargos, au loin. Plus tard, dans la nuit, nous serons réveillés par nos voisines qui se sont mises en tête de faire la vaisselle à 2 heures du matin tout en bavardant...

Lundi 11 juillet. 62 km.

Après une promenade sur le port de Skagen, nous reprenons la route. L’itinéraire est très bien signalé, et le parcours plus agréable que la veille. Nous pensions manger au bord de la mer à Skiveren, mais le spectacle que nous découvrons en arrivant sur la plage nous en éloigne : tout le monde est allongé à l’ombre de sa voiture, et le sable n’est qu’un gigantesque parking... Finalement, nous mangerons nos harengs marinés et nos fraises dans un petit bois. Il fait chaud quand nous arrivons à la gare maritime d’Hirtshals où nous réservons un passage pour le lendemain avant de prendre la route du camping, où nos voisins accepterons de conserver notre plaquette de beurre dans leur réfrigérateur.

Mardi 12 juillet. 10 km.

Le Silva Anna quitte le port à 11h30. Très vite, le soleil est noyé par la brume qui recouvre la mer. Elle ne se lèvera qu’à l’approche des côtes norvégiennes. Changement de décor : dès la sortie du port de Kristiansand, on s’aperçoit qu’on a quitté le plat pays ! Le camping est au bord de la mer, et la mer est bien tentante... Mais le bain est court : l’eau est plutôt fraîche, et les méduses, nombreuses, ne nous laissent pas beaucoup de place. Nous préférons aller préparer le repas du soir. Saumon au menu...

Mercredi 13 juillet.52 km.

L’itinéraire est moins bien indiqué qu’au Danemark. Heureusement, nous croisons un VTTiste francophone qui nous met sur la bonne route. Nous quittons la côte : à midi, nous sommes à Birkeland, après avoir traversé des champs de fraises. Après quelques nouvelles erreurs de parcours, nous retrouvons la mer à Lillesand. Cette fois, le bain n’est pas troublé par les méduses. La ville est calme et charmante sous le soleil. Le soir, nous goûtons la moutarde norvégienne, qui permet de manger des hot-dogs sucrés.

Jeudi 14 juillet. 64 km.

La route est tranquille au bord du fjord... Mais les panneaux nous jouent encore des tours et nous nous perdons. Quand nous retrouvons l‘itinéraire, il nous emmène sur un chemin sableux sur lequel nous ne pouvons affronter ni les montées, ni les descentes. Après ce parcours montagneux effectué en grande partie à pied, le porte-bagage du vélo d’Adèle a perdu une vis, et les pneus de la remorque sont bons à changer. A 13h, nous ne sommes qu’à Grimstad, où nous achetons de quoi réparer les dégats avant de reprendre la route. Il tombe quelques gouttes. A Arendal, une professeure de Français et son mari nous arrêtent pour le plaisir de discuter un peu. Ensuite, la route nous paraît encore longue jusqu’au camping Sjoversto, perdu au-dessus du fjord, où nous sommes les seuls clients.

Vendredi 15 juillet. 47 km.

La roue de la remorque n’a vraiment pas apprécié les chemins. Elle est voilée, plusieurs rayons sont cassés. Il se met à pleuvoir sérieusement après Tvedestrand, et nous mangeons sous un abri à bateaux. L’après-midi, c’est la chaîne de Léopold qui se coince. Impossible de démonter quoi que ce soit ! Heureusement, un automobiliste compatissant et outillé s’arrête. Il pleut toujours au camping de Moen.

Samedi 16 juillet. 40 km.

Le soleil est revenu quand nous arrivons à Risor, où nous achetons encore de superbes fraises. Nous trouvons un bateau taxi qui nous permet d’atteindre Stabestad à temps pour attraper le dernier ferry avant lundi... Nous nous promenons à Kragero avant de nous installer au camping Lovisenberg.

Dimanche 17 juillet. 47 km.

La route monte et descend, et l’on passe tour à tour de la Bretagne aux Cévennes en quelques kilomètres. Les petits ports aux maisons blanches ou rouges succèdent aux landes et aux forêts. Vers la fin de la journée, le chemin devient très pentu et nous devons pousser chaque vélo à plusieurs. Le camping de Rognstranda, comme son nom l’indique, est au bord de la plage : la baignade est la bienvenue, mais l’eau est fraîche.

Lundi 18 juillet. 65 km.

Brevik possède un grand pont et... Un vélociste consciencieux et généreux, qui répare la roue de la remorque et nous remplace gracieusement les vis perdues au long des chemins cahoteux. Un peu plus loin, un cantonnier nous arrête, intrigué par la “barre” de Jeanne. La route se poursuit, on s’arrête pour faire les courses, pour manger une glace au soleil. Le camping est en vue... Mais il est complet ! Il faut poursuivre jusqu’à Guslandstranda, où nous arrivons assez tard. Fatiguée, Adèle tombe en dérapant dans les graviers.

Mardi 19 juillet. 51 km.

Le temps a changé pendant et la nuit. Il pleut. Le paysage a changé aussi : il est plus plat. Nous mangeons un “pitt y pane” chaud à Larvik. La pluie redouble et nous arrivons au camping de Solloka avec l’intention de louer une “hutte”. Mais les chalets sont complets, et il faut monter la tente...

Mercredi 20 juillet. 61 km.

Le temps est sec mais la route encore humide. Dans un virage, au bas d’une descente, Léopold quitte la route et fait un beau vol plané. Une meule de foin providentielle amortit la chute, mais nous passons un moment à redresser le porte-bagages tordu. Dans l’après-midi, nous traversons le fjord d’Oslo, entre Horten et Moss, avec l’impression de franchir une frontière. Il fait frais le soir au camping de Moss, mais cela n’empêche pas certains de se baigner... “Profitons de l’été !!” , telle semble être la devise...

Jeudi 21 juillet.

Nous laissons les vélos au camping et partons en train pour Oslo, où nous passons la journée.

Vendredi 22 juillet. 63 km.

Nous quittons la véloroute pour éviter les chemins mal pavés et les côtes infranchissables. Le camping de Fredrikstad sera notre dernière étape norvégienne. Des gens du voyage installés dans le champ voisin fêteront cet évènement en musique jusque tard dans la nuit...

Samedi 23 juillet. 70 km.

Le temps est maussade, et on avance le nez sur le guidon. Nous mangeons près de la frontière, sur un parking encombré de voitures abandonnées aux plaques d’immatriculation exotiques. Ne trouvant pas de camping à Svinesund, nous continuons vers Strömstad. La ville est animée. Plus tard, les nuages se dégagent, et le coucher de soleil est somptueux. Nous en profitons, installés sur un petit “balcon”, entre deux gros rochers de ce camping très fréquenté.

Dimanche 24 juillet. 64 km.

La route est un peu monotone : nous nous éloignons de la côte entre les forêts et les champs, la mer étant “réservée” aux automobilistes qui circulent sur la grosse E6 Göteborg-Oslo. Il tombe quelques gouttes et, vers midi, nous nous installons dans la cour d’une école pour manger les crevettes et le maquereau fumé acheté à Strömstad. Nous admirons la salle des maîtres vitrée qui doit permettre de surveiller la récréation en hiver en buvant un café au chaud... Le camping de Grebbestad étant complet, nous continuons vers Kampervik. Un chevreuil coupe notre route avant l’arrivée. La remorque fait encore des siennes : un rayon est à nouveau cassé.

Lundi 25 juillet. 63 km.

Le midi, nous dégustons d’excellentes fraises du Bohuslän près de l’église de Svenneby. Malheureusement, le temps est toujours gris et frais et la route très fréquentée par des automobilistes parfois bien impatients. Nous nous arrêtons pour la nuit à Kungshamm.

Mardi 26 juillet. 55 km.

Le vent souffle, mais dans le bon sens ! Malheureusement, la circulation est toujours dense. Nous avons du mal à approcher de la mer : la plupart des accès sont privés. Le vélociste de Lysekill n’a pas le temps de s’occuper de nos problèmes mécaniques. Avant de rejoindre le camping, nous nous renseignons sur les horaires du ferry pour le lendemain.

Mercredi 27 juillet. 36 km.

Le ferry est à l’heure et nous emmène à Fiskebäckskill. Nous poursuivons d’île en île. Le paysage est beau, le soleil brille mais le vent est cette-fois-ci contre nous et s’aalie à de petites côtes pour nous ralentir. Nous passerons la nuit à Stocken.

Jeudi 28 juillet. 56 km.

Nous discutons un moment avant de quitter le camping avec un Stockolmois en vacances, qui s’apprête à rejoindre sa résidence secondaire de Capbreton. Dans l’après-midi, nous sommes arrêtés par la conductrice d’un gros camion danois qui cherche une zone industrielle. Nous n’avons vu que des forêts, et le sosie de la reine d’Angleterre. Le gardien du camping de Stennungsund donne deux jetons de douche aux filles, et un seul aux garçons.

Vendredi 29 juillet. 44 km.

Vers Jörlanda, une dame nous ouvre les barrières de sa ferme pour nous permettre de retrouver la route et éviter un long détour. Puis nous nous enfonçons dans les sombres forêts de Svartedalen, où nous franchissons la barre symbolique des 1 000 km depuis le départ. Il fait chaud, et l’orage éclate dans la nuit, à Kungälv.

Samedi 30 juillet. 28 km.

Nous atteignons rapidement Göteborg. L’après-midi, alors que nous nous promenons en ville, le déluge arrive ! La pluie tombera encore toute la nuit...

Dimanche 31 juillet.

Nous passons la journée à Göteborg, où le soleil est revenu.

Lundi 1er août. 21 km.

Il faut se lever tôt pour descendre jusqu’au port. Nous déjeunons sur le ferry, où tout le monde se presse dans les boutiques “hors-taxes”, délaissant la magnifique descente du chenal, parsemé d’îlots.  Le Danemark est bientôt en vue, et nous retrouvons Frederikshavn. Jeanne délaisse sa “barre” et rentre la tête haute dans le camping de Saeby, presque désert : la saison est finie, nous explique le patron, content de nous revoir pour l’aider à préparer ses vacances... en France.